vendredi 10 septembre 2010    
Clinique Droits Devant
Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal
Un plan d'action ou une Politique en itinérance ?
La question se pose depuis que le Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec fait valoir le projet de Politique en itinérance auprès du gouvernement. La première réponse gouvernementale a été un cadre de référence produit par le Ministère de la santé et des services sociaux. Il a été très vite dit et compris que c'est insuffisant, que la réponse devait être globale. À la lecture du document, il est vite ressorti que la santé ne pouvait pas agir seule et qu'elle devait nécessairement interpeller d'autres ministères. Actuellement, des ministères et des institutions sont réunis pour produire un plan d'action interministériel en itinérance. Le Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec ainsi que ses partenaires demandent encore une Politique en itinérance. Le plan d'action pourrait être une réponse adéquate, d'autant plus qu'il est global comme nous le demandons. Pourtant ce n'est pas le cas. Pourquoi ?

L'itinérance : la nécessité d'une vision comme assise d'un plan d'action

La Politique en itinérance repose sur une nécessité que la société québécoise et civile se positionne en faveur de l'amélioration à long terme des conditions de vie des personnes itinérantes et du respect des droits de tous les citoyens. Elle énonce une vision qui repose sur un changement de valeur, une adhésion à une définition et des principes d'action. Nous sommes d'avis qu'il faut un engagement du gouvernement du Québec à améliorer la situation en effectuant des changements en profondeur avant de concevoir un plan d'action. Bref, il faut établir des fondements sur lequel reposera l'action.

La Politique repose sur l'énoncé des droits des personnes itinérantes. Le plan d'action s'attarde à des problèmes spécifiques.

La Politique est un outil positif qui appelle à la construction d'actions reposant sur la place que doit avoir une personne itinérante dans la société : la citoyenneté à part entière. Le plan d'action circonscrit la situation en n'ayant pas l'obligation de prendre en compte la question de droit.

La vision contenue dans la Politique est son moteur d'action. Le plan d'action met l'emphase sur le règlement de problèmes sans vision concrète pour l'avenir, ce qui risque de le circonscrire à court ou moyen terme sans possibilité de perspective à plus long terme.

Des assises communes au lieu de la recherche d'un dénominateur commun dans l'action

La volonté contenue dans la Politique est d'avoir une cohérence dans les actions visant l'amélioration des conditions de vie des personnes itinérantes. Bref que la main droite fasse la même chose que la main gauche. Ce qui n'est pas le cas actuellement.

En d'autres mots, que la Justice, la Sécurité Publique, la Santé, l'Habitation, l'Emploi, etc. agissent selon les mêmes paradigmes et selon les mêmes principes. Pour cela, la Politique prend tout son sens. Elle suppose l'adhésion de tous les acteurs à des droits et des principes d'action. Elle va au-delà de la concertation et de la discussion. Elle suppose une adhésion et un engagement.

La limite du plan d'action est qu'il ne repose pas sur des assises communes. Il va rechercher un dénominateur commun où les partenaires présents vont tenter de s'entendre. Chacun y participe avec sa culture, ses besoins et ses exigences. La recherche du consensus va s'avérer difficile dans un contexte où les assises ne sont pas circonscrites dans un document cadre. Le risque d'un plan d'action est qu'il ne comportera pas d'action structurante à long terme parce que l'adhésion de ses partenaires ne sera pas au même niveau, chacun y cherchera son intérêt.

Comme on se plaît à répéter dans notre milieu : une construction commence par ses fondations. Il en va de même pour un plan. Il lui faut des fondements : une Politique en itinérance.

Une Politique pour l'action à long terme : éviter le piège du mandat d'un gouvernement

« Lorsqu'il faut faire des choix qui s'appuient sur des nouvelles valeurs, de nouveaux paradigmes, une politique est un outil approprié. Lorsqu'on connaît assez bien le phénomène, lorsque les pistes d'action sont assez claires, lorsqu'il y une volonté commune, je préfère très nettement les plans d'action pour différentes raisons. D'abord ils sont à rendement rapide. … Au lieu de travailler sur tout l'ensemble, on fait des choix et on met nos énergies sur des objectifs à atteindre rapidement. Et personnellement dans le cadre de l'itinérance, je pense qu'on est davantage dans une approche de plan d'action que dans une approche de politique. »
Sous –ministre du MSSS, Roger Paquet, en Commission parlementaire, Journal des débats 23 octobre 2008.

L'avantage du plan d'action est effectivement qu'il est à rendement rapide et que les résultats sont rapidement mesurables. La solution du plan a cependant le défaut de ses qualités. Ses assises sont à court terme de même que sa durée de vie. Après quelques années, l'épuisement des crédits liés au plan ou encore le changement de gouvernement ou encore de responsable de dossier, le plan survit difficilement. La question de l'itinérance ne peut pas être vue au strict sens opérationnel.

C'est pourquoi nous demandons une Politique en itinérance. Nous croyons qu'il est temps que le gouvernement du Québec, fort de l'appui du milieu qui l'a démontré clairement et à plusieurs reprises, s'appuie sur de nouvelles valeurs et de nouveaux paradigmes.

Une vision globale du phénomène et des pistes d'actions doivent reposer sur des assises à long terme. Le but d'une Politique est de travailler sur l'ensemble et non de discriminer nos décisions en fonction des rendements que celles-ci doivent apporter. Se doter d'une vision avec des actions à court, moyen et long terme est pour nous LA solution durable pour la société québécoise.

L'heure est au développement durable. Ce n'est pas seulement une notion environnementale ou économique. Nous pouvons le faire aussi pour les citoyens et ce, dans l'exercice des droits sociaux. C'est ce que nous demandons pour les personnes itinérantes.

François Villemure - avril 2009
Directeur, L'Avenue hébergement communautaire
Membre pour le RAPSIM du comité de coordination du RSIQ







 

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