Tuesday 25 June 2019    

Centraide du Grand Montréal

Dénombrement 2018: des limites toujours présentes !
Au cours des prochaines semaines, le résultat du 2e dénombrement des personnes en situation d'itinérance à Montréal sera dévoilé. Il servira, pour ses artisans, à décrire l'évolution de l'itinérance sur la base du nombre de personnes comptées le soir du 25 avril 2018. Les données sociodémographiques collectées lors de cet exercice visent également à orienter les réponses à apporter au phénomène.
 



Station de métro Frontenac, Montréal, Crédit photo: RAPSIM (Cliquez sur l'image pour accéder à la première capsule vidéo du RAPSIM sur le second dénombrement de l'itinérance à Montréal)


Pour le RAPSIM, le chiffre obtenu ne représentera, encore une fois, qu'un polaroid imparfait de la réalité d'un soir, et ne permettra pas de rendre compte de la diversité des situations d'itinérance à Montréal, ni de la diversité des besoins.

Il y a trois ans, un 1er dénombrement avait eu lieu donnant comme résultat 3 016 personnes en situation d'itinérance visible comptabilisées dans la nuit du 24 mars 2015. Le RAPSIM avait alors soulevé des préoccupations importantes afin d'alerter sur les limites d'un tel indicateur qui occulte de nombreuses réalités moins visibles de l'itinérance. Il mettait également de l'avant d'autres indicateurs à considérer pour dresser un portrait plus juste de l'itinérance à Montréal tel que la fréquentation annuelle des ressources ou le nombre de personnes sans adresse fixe bénéficiaires de l'aide sociale.

En mars 2016, le RAPSIM publiait un document critique, intitulé L'itinérance à Montréal - Au-delà des chiffres, pour rendre compte de la diversité des visages, visibles et invisibles, de l'itinérance. Depuis, d'autres publications sont venues étayer cette position dont les avis Jeunes et itinérance – Dévoiler une réalité peu visible du Conseil jeunesse de Montréal et L'itinérance des femmes à Montréal – Voir l'invisible du Conseil des Montréalaises, ainsi que l'étude sur L'itinérance cachée de Statistiques Canada.

Les portraits locaux réalisés dans plusieurs quartiers de Montréal, notamment sur le Plateau, dans le Sud-Ouest et dans Côte-des-Neiges, ont valorisé des approches plus complètes, intégrant les connaissances des différents acteurs communautaires et institutionnels sur le terrain.

Aujourd'hui, le RAPSIM se prépare au dévoilement des résultats du 2ème dénombrement dont les limites sont toujours présentes. Malgré quelques améliorations apportées à la méthode de comptage pour tenter de rejoindre plus de personnes, le chiffre ne sera toujours pas représentatif de la diversité des situations d'itinérance à Montréal. On peut penser particulièrement aux situations vécues par les femmes mais également par des hommes, par les jeunes, les personnes autochtones, les personnes immigrantes ou sans statut, et l'ensemble des personnes en situation d'itinérance cachée, ainsi que leur présence dans les différents quartiers de Montréal au-delà du centre-ville.

Or, en mettant l'accent sur certaines réalités au détriment d'autres, un dénombrement tend à orienter les réponses à apporter vers certains besoins plus que d'autres. Et c'est la raison pour laquelle le RAPSIM questionne l'exercice en soi. Alors que d'autres indicateurs et outils existent pour documenter le phénomène de l'itinérance et les besoins des personnes qui la vivent, le dénombrement met l'accent sur un chiffre unique qui marque l'imaginaire collectif et tend à orienter les réponses vers les personnes en situation d'itinérance visible, au détriment des autres, vers la réduction de l'itinérance chronique au détriment de la prévention, et vers la sortie de rue au détriment des autres actions (soutien à l'accès à un revenu, à des services de santé, à un logement stable, à des programmes d'insertion).

L'itinérance est un phénomène en mouvance qui varie au cours de l'année. Le dénombrement ne permettra pas de confirmer le roulement ou la stabilité des personnes en situation d'itinérance. Que le nouveau chiffre indique une stagnation, une hausse ou une baisse, il sera impossible d'en conclure qu'il y a eu une détérioration ou un progrès dans la lutte à l'itinérance. Le chiffre ne peut pas capturer les diverses trajectoires d'entrée et de sortie des personnes qui vivent l'itinérance de façon ponctuelle, chronique ou cyclique.

Alors que le gouvernement du Québec travaille à la réalisation d'un 2ème Portrait de l'itinérance dont la sortie est prévue en 2020, le chiffre du 2ème dénombrement ne doit pas occulter la complexité du phénomène et encore moins la nécessité d'y apporter une diversité de réponses. C'est la vision que continuera de porter le RAPSIM et ses membres dont la diversité d'actions permet de répondre à de multiples réalités pour réduire mais aussi pour prévenir le phénomène.

Nous invitons nos membres, alliés et partenaires à bien vouloir relayer cette première vidéo du RAPSIM en réaction aux résultats de ce deuxième dénombrement à Montréal !

Pour nous transmettre toute question ou commentaire, n'hésitez pas à contacter Alice Lepetit, organisatrice communautaire, ou Pierre Gaudreau, directeur, au (514) 879-1949.

L'équipe du RAPSIM










 

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