Monday 25 June 2018    

Centraide du Grand Montréal

Stratégie des partenariats de lutte contre l'Itinérance: Plus de 100 millions $ en jeu pour Montréal!
En mars 2017, le budget du gouvernement Trudeau contenait une annonce de taille : l'injection de 2,1 milliards $ sur dix ans dans la Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance (SPLI 2019-2028). De ces sommes, au moins 10M$ devraient annuellement être consacrées à Montréal, pour un total de 100M$ à terme. Vous trouverez plus d'informations sur l'avenir de la SPLI dans la publication suivante.

 

Document en version intégrale accessible en cliquant sur l'image ci-haut.

Si le RAPSIM a salué haut et fort cet engagement, plusieurs mois plus tard, une question cruciale persiste : Quelle sera l'orientation donnée à l'affectation de ces fonds? Quelles seront les priorités de l'intervention fédérale dans les dix prochaines années? Pour le RAPSIM, il est essentiel que le programme de la SPLI s'inscrive dans une approche globale et communautaire. Il doit ainsi continuer de miser sur une diversité d'interventions, tant en prévention qu'en réduction de l'itinérance. Conformément à ce qui se fait à Montréal depuis plus de 15 ans, le milieu communautaire doit maintenir son apport à l'identification et au développement des priorités d'interventions en itinérance.

Alors que le gouvernement fédéral annonçait son budget le 27 février dernier, celui-ci n'apportait aucune réponse quant à l'avenir de la SPLI. Une grande incertitude persiste quant aux orientations qui guideront la SPLI à compter du 1er avril 2019. Il est essentiel d'y apporter une réponse rapide et en phase avec les besoins du milieu. En effet, l'ampleur et la pluralité des situations d'itinérance qui se vivent à Montréal exigent qu'une part adéquate des investissements prévus soit dirigée vers la métropole québécoise. C'est seulement en soutenant adéquatement et suffisamment la diversité de réponses apportées localement que l'on pourra véritablement faire la différence.


La SPLI : un programme essentiel

Par le biais du programme qui porte aujourd'hui le nom de la Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance (SPLI), le gouvernement fédéral offre un appui financier indispensable aux organisations communautaires. De 2002 à 2014, des fonds annuels de 8M$, offerts à l'échelle de la ville, ont supporté le développement de services dans des centres de jour comme dans des refuges, appuyé le travail de rue et de milieu en plus de soutenir les services d'aide alimentaire et les initiatives de réinsertion. Ils ont également soutenu les efforts du milieu communautaire en matière de lutte aux dépendances et d'intervention en santé mentale.

La SPLI a aussi assumé un rôle central et croissant dans le financement de la construction de nouvelles unités de logement social destinées aux personnes sans-abri. Ces investissements en immobilisation ont permis aux ressources communautaires de développer des solutions durables en offrant non seulement un toit, mais aussi un véritable milieu de vie à des centaines de personnes en situation d'itinérance ou à risque de le devenir.

En 2015, le gouvernement fédéral décide de diriger 65% du financement de la SPLI vers l'approche « Housing First ». Cette nouvelle orientation entraine des changements majeurs dans le financement des interventions en itinérance, et particulièrement à Montréal. D'une part, la SPLI accorde désormais un soutien nettement plus limité à l'action globale des groupes, et notamment aux efforts de prévention de l'itinérance. De l'autre, elle retire son appui aux dépenses d'immobilisation des organismes, pourtant essentielles à la modernisation des installations et au développement du logement social. Avec cette réorientation de la SPLI, plusieurs projets dont le financement est attendu sont alors suspendus, voire rejetés, faute de moyens.

L'arrivée au pouvoir du gouvernement Trudeau a cependant permis de corriger le tir. À compter de 2016, de nouveaux fonds de 3.6M$ par an, sont ajoutés pour la période 2016-2019. Leur affectation permet le retour à une approche globale soutenant une diversité d'actions. Plusieurs services coupés dans la période précédente sont alors rétablis. Pour le RAPSIM, il s'agit indéniablement d'un pas dans la bonne direction. À l'aube du déploiement d'une nouvelle stratégie fédérale en itinérance, les succès des dernières années doivent, plus que jamais, être pris en compte.

 

Une approche globale : qu'est-ce que c'est ?

L'approche globale part d'un constat : l'itinérance renvoie à une diversité de situations et appelle une pluralité d'interventions. Se côtoient ainsi des projets de logement social avec soutien communautaire, des initiatives de soutien résidentiel avec accompagnement, de l'hébergement d'urgence, des centres de jour, du travail de rue, des interventions auprès de personnes utilisatrices de drogues, de l'aide alimentaire, des programmes de réinsertion et de lutte à la judiciarisation. C'est seulement en assurant un soutien à l'ensemble de ces actions qu'il devient possible de maximiser les chances que chaque personne en situation ou à risque d'itinérance ait accès à la réponse la mieux adaptée à son profil, à sa situation et à ses besoins.

L'approche globale est d'ailleurs au cœur de la Politique nationale de lutte à l'itinérance du Québec. Adoptée en 2014, elle met de l'avant la nécessité d'attaquer le phénomène sur plusieurs fronts : le logement, la santé et les services sociaux, le revenu, l'insertion sociale et professionnelle, de même que les enjeux liés à la cohabitation et à la judiciarisation. Elle s'incarne d'ailleurs dans le Plan d'action intersectoriel en itinérance de la région de Montréal qui repose sur des efforts de concertation significatifs entre plusieurs partenaires des milieux institutionnels et communautaires de Montréal et ce, dans chacun des 5 axes identifiés par la Politique.


L'itinérance à Montréal : Une diversité de visages !

L'itinérance est un phénomène qui ne se limite pas aux personnes qui dorment dans la rue : elle touche celles qui vivent dans des logements surpeuplés, qui font du couch surfing, ou sont contraintes de rester avec un conjoint violent en échange d'un toit. Le phénomène recoupe une diversité de situations, de parcours et de visages. Les réalités géographiques de l'itinérance sont également variées. Alors que la majorité des refuges et autres ressources situés au centre-ville continuent de répondre à des besoins majeurs, la situation devient préoccupante dans plusieurs autres arrondissements. Dissimulée entre les tours à condos de Griffintown, la Maison Benoît-Labre opère ainsi un centre de jour qui accueille quotidiennement plus d'une centaine de personnes. Sur le Plateau Mont-Royal, les travailleuses et travailleurs de rue de Plein Milieu vont au-devant des personnes utilisatrices de drogues. Dans Côte-des-Neiges, Multicaf distribue plus de 250 repas par jour à une population vieillissante et majoritairement issue de l'immigration. Les situations d'itinérance sont diversifiées et mouvantes, les interventions, en amont comme en aval de l'itinérance, le sont tout autant.

Le 7 mars dernier, la Ville de Montréal dévoilait son plan d'action en itinérance 2018-2020 : Parce que la rue a différents visages. Ce plan porte une approche globale et s'engage à agir tant en prévention qu'en réduction de l'itinérance. Il reconnaît la pluralité des réalités de l'itinérance et ce, sur l'ensemble du territoire de la ville. Si le RAPSIM est satisfait des objectifs de ce plan, seul un financement global de la SPLI pourra permettre à Montréal et ses partenaires de parvenir à leurs fins. La Ville de Montréal doit s'engager dès maintenant à faire reconnaitre l'importance d'un tel soutien.


Une stratégie pour Montréal

À Montréal, un exercice de planification communautaire a été mis en place afin de trouver les meilleures réponses à apporter aux situations d'itinérance urbaine. Cette planification favorise une concertation entre la Ville de Montréal, le réseau de la santé et le milieu communautaire. Elle permet d'assurer la cohérence des interventions de chacune des parties et de mieux répondre aux besoins et priorités identifiés localement.

Afin de consolider, poursuivre et développer des actions cohérentes avec la diversité des besoins identifiés sur le terrain, il est essentiel


1-
Que la SPLI s'appuie sur une approche globale pour soutenir les efforts de lutte à l'itinérance en supportant une diversité d'interventions pour réduire et prévenir durablement l'itinérance, incluant les dépenses d'immobilisation, soit les installations des organismes et le développement du logement social.
2- Que les fonds annoncés soient rendus disponibles rapidement et répondent aux besoins urgents et spécifiques de Montréal, dans le respect du processus de planification communautaire en place.



 







 

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