Thursday 18 January 2018    

Centraide du Grand Montréal

Plan de lutte à la pauvreté : des mesures insuffisantes
Le Gouvernement du Québec a publié le 10 décembre 2017 son 3e Plan de lutte à la pauvreté qui prévoit des investissements de 3 milliards $ pour la période 2017-2023. Certains gains sont à noter pour la différence qu’ils feront dans la vie des personnes ciblées. Notamment il augmentera de façon significative le revenu de personnes ayant une contrainte sévère à l’emploi. Néanmoins, tant l’approche du gouvernement que les moyens annoncés sont loin de répondre aux besoins en matière de lutte à l’itinérance.
 
Le Plan ne prévoit ni amélioration significative du revenu pour l’ensemble des prestataires de l’aide sociale ni accompagnement adéquat pour les personnes éloignées du marché du travail. Des mesures structurelles visant à prévenir la pauvreté et l’itinérance manquent tout comme une approche basée sur le droit à un revenu décent pour toutes et tous.

Revenu : des améliorations ciblées et insuffisantes

L’amélioration significative du revenu touchera essentiellement les personnes ayant une contrainte sévère reconnue à l’emploi bénéficiant des prestations depuis 5,5 ans au cours des 6 dernières années. Cette augmentation ciblée sera positive pour les personnes qui pourront en bénéficier. Pour les autres prestataires en revanche, la hausse de la prestation est plafonnée à 55% de la Mesure du panier de consommation. Les mesures annoncées sont donc très loin de la couverture des besoins de base pour l’ensemble des prestataires.

Emploi : des bonifications conditionnelles à l’employabilité

Le Plan confirme l’approche selon laquelle les prestations d’aide sociale doivent encourager l’insertion en emploi et non pas garantir à toutes et tous le droit à un revenu de base. Il intègre le Programme Objectif Emploi qui instaurera des mesures obligatoires et punitives pour les personnes admissibles pour la 1ère fois à l’aide sociale, à compter d’avril 2018. Plus largement, les prestations liées à l’insertion en emploi sont bonifiées et permettront d’améliorer le revenu des personnes en mesure de travailler. On note à ce titre une augmentation des gains du travail permis pour les personnes à l’aide sociale ayant une contrainte sévère à l’emploi, ce qui représente un gain pour celles qui pourront en bénéficier. En revanche, il laissera de nombreuses personnes qui ne seront pas en mesure de s’intégrer sur le marché du travail. Il ne tient pas compte des difficultés pour de nombreuses personnes d’obtenir une reconnaissance de contrainte à l’emploi et ne prévoit pas de bonification significative des programmes d’insertion adaptés aux besoins des personnes en situation ou à risque d’itinérance.

Quelques mesures prévoient de soutenir la formation des jeunes (retour aux études, bonification de programmes d’implication sociale). Il est essentiel que ces fonds soutiennent des groupes qui interviennent auprès de jeunes en situation d’itinérance ou à risque de l’être.

Logement : des bonnes nouvelles qui restent à confirmer

En matière de logement social, on note quelques bonnes nouvelles. Le Plan reprend les investissements en logement social annoncés au budget 2017-2018, à savoir : 3000 nouveaux logements sociaux dans le cadre du programme AccèsLogis et une bonification du Programme Rénovation Québec. La bonification d’AccèsLogis devrait permettre de livrer plus facilement les unités actuellement bloquées en raison de la non-indexation aux coûts réels de construction. Rien de garantit en revanche que cette bonification sera permanente et aucun investissement supplémentaire pour augmenter le nombre de logements n’a été annoncé à ce stade-ci.

Des fonds pour offrir un accompagnement aux personnes en situation d’itinérance et favoriser leur stabilité résidentielle sont également annoncés : le 7 M$ déjà annoncé au budget 2017-2018, auquel s’ajoute un 4 M$ supplémentaire, qui seront répartis entre 2019 et 2023. Il est essentiel qu’une partie importante de ces fonds soit attribuée au financement du soutien communautaire en logement social.

Financement des groupes : du rattrapage plus que nécessaire mais loin d’être suffisant

Une amélioration importante du financement de certains groupes communautaires (notamment les corporations de développement communautaire et ceux soutenus par le SACAIS - Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales) constitue une bonne nouvelle, notamment pour des groupes en défense des droits dont les subventions n’ont pas été indexées depuis plusieurs années.

Plus largement, le Plan privilégie une approche de réduction plutôt que de prévention de la pauvreté. Des mesures structurantes en matière de revenu, de logement social ou de répartition des richesses et des moyens supplémentaires seront nécessaires pour faire vivre la Politique nationale de lutte à l’itinérance qui célébrera le mois prochain son 4e anniversaire. Le RAPSIM continuera de porter des demandes en ce sens dans les mois à venir et en vue des prochaines élections provinciales.

Pour plus d’information : voir le document synthèse du RAPSIM sur le Plan de lutte à la pauvreté

Pour toute question, contacter Alice Lepetit (alice.lepetit@rapsim.org) ou au 514 879 1949.

Solidairement,

Alice Lepetit, organisatrice communautaire au RAPSIM






 

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